Comment réaliser un plateau de jeu d'échecs en béton ciré
Le béton ciré donne un plateau d'échecs mat, minéral et agréablement lourd, à condition de soigner le support autant que la matière. Le damier se réserve avant la dernière passe, il ne se peint pas après coup. Voici les cotes, les gestes et les temps d'attente.
Par La rédaction Occistart·Publié le · 6 min
Plateau d'échecs mat en béton gris et blanc cassé posé sur un établi à côté d'une taloche
Un plateau d'échecs en béton ciré se juge sur deux points : la planéité de la surface et la netteté des soixante-quatre cases. La matière elle-même se maîtrise en quelques passes et pardonne les hésitations. Ce sont le support et la méthode de damier qui séparent l'objet d'atelier du plateau que l'on ressort tous les soirs.
Dalle coulée ou enduit sur panneau
La dalle coulée
Pour un plateau fixe, massif, posé une fois pour toutes
Aspect minéral dans la masse, chants bruts très graphiques
Exige un coffrage parfaitement plan et un démoulage soigné
Poids important : un plateau de salon se compte en kilos
Risque de fissure et de bulles piégées sous la surface
L'enduit sur panneau
Pour un plateau que l'on déplace et que l'on range
Quelques millimètres de mortier sur un bois épais et stable
Planéité donnée par le panneau, donc acquise dès le départ
Se rattrape : une passe supplémentaire efface un défaut
Craint l'humidité si le support n'est pas protégé sur ses six faces
Pour un usage domestique, l'enduit sur panneau l'emporte presque toujours. Le bois donne la rigidité, le mortier donne l'aspect, et le plateau reste manipulable à une main. La dalle coulée garde son intérêt quand le plateau fait partie d'un meuble, d'un plan de travail ou d'une table basse dont il devient le dessus.
Les cotes qui rendent le jeu confortable
5,5 cmde côté par case conviennent à la plupart des jeux de salon, dont la base du roi avoisine quatre centimètres. Multipliez par huit et ajoutez la bordure pour obtenir la cote de coupe.
Le réflexe qui évite le plus de déceptions consiste à poser son propre jeu sur une feuille quadrillée avant de décider quoi que ce soit. Un damier calculé pour des pièces que l'on n'a pas se révèle toujours trop serré ou étrangement vide.
Préparer le support et monter les passes
La lisseuse se tient presque à plat, et le mouvement part toujours du même angle. Croiser les passes en changeant de sens à chaque couche donne une surface sans directionnalité marquée, ce qui convient bien à un objet que l'on regarde sous tous les angles.
Réserver le damier, plutôt que le peindre
Méthode
Rendu obtenu
Difficulté
Risque principal
Masquage entre deux passes
Cases dans la matière, bords légèrement adoucis
Moyenne
Adhésif retiré trop tard, qui arrache le mortier
Deux bétons coulés côte à côte
Damier dans la masse, très épais et très net
Élevée
Reprises visibles, coffrage intérieur complexe
Patine au chiffon sur gabarit
Nuances irrégulières, aspect usé volontaire
Faible
Contraste faible, lecture du plateau difficile
Peinture après protection
Cases très nettes mais posées sur le film
Faible
La peinture s'use au frottement des pièces
La première méthode est celle qui donne le résultat le plus convaincant. On applique une passe dans la teinte foncée sur toute la surface, on masque une case sur deux une fois cette passe sèche, puis on applique la teinte claire. L'adhésif se retire quand le mortier commence juste à tirer : trop tôt, la matière coule dans le trait ; trop tard, elle se déchire. Le marouflage du bord de l'adhésif au doigt, appuyé, est le geste qui fait toute la propreté du damier.
Masquer une case sur deux revient à découper et poser trente-deux carrés à la cote exacte, tous alignés avec la même rigueur. C'est long, et c'est justement l'étape où l'attention se relâche, souvent sur les dernières rangées, qui sont précisément celles que l'on regarde ensuite tous les jours.
Protéger, sinon le plateau vieillit mal
Un béton ciré non protégé est une éponge. Une goutte de café, une trace de doigt grasse, un verre posé au mauvais endroit laissent une marque que le ponçage seul ne rattrape pas. La protection se fait en deux temps : un bouche-pores incolore qui referme la porosité, puis un vernis mat ou une cire dure qui encaisse le frottement.
Temps, budget et cas particuliers
Le poste principal est le kit de mortier décoratif avec ses pigments et sa protection, souvent de l'ordre de quelques dizaines d'euros pour une surface de cette taille, avec beaucoup de reste. Le panneau, l'adhésif de masquage et les abrasifs pèsent peu. En revanche, le calendrier ne se négocie pas, et c'est lui qui décide de la date à laquelle le plateau sera vraiment utilisable : chaque couche impose son délai, et aucune ne se rattrape par le chauffage ou la ventilation.
Le cas particulier le plus courant est le plateau intégré à une table. Là, le support ne se choisit plus : il faut composer avec un plan existant, vérifier qu'il ne bouge pas, et parfois le renforcer par le dessous. Le second cas est le plateau destiné à une pièce humide ou à une véranda, où les variations d'hygrométrie condamnent un panneau de bois ordinaire.
Un applicateur professionnel de béton ciré, ou un marbrier pour une version en pierre reconstituée, se justifie dès que l'objet dépasse la taille d'un plateau de salon, qu'il doit être encastré, ou qu'il s'agit du dessus d'un meuble auquel on tient. Le coût d'une intervention se compare alors au prix du meuble, pas à celui du kit.
Une fois la méthode en main, le même enchaînement sert pour un plateau de jeu de dames, un dessous de plat ou un petit plan de travail d'appoint. Le béton ciré récompense surtout la patience entre les couches, qui est la seule chose qu'aucun outil ne remplace.
Questions fréquentes
Quelle épaisseur faut-il prévoir ?
Tout dépend de la technique. Un béton ciré appliqué sur panneau se travaille en deux ou trois passes très fines, de l'ordre du millimètre chacune, car c'est un mortier décoratif et non un matériau de structure. Une dalle coulée dans un coffrage demande au contraire deux à trois centimètres pour ne pas casser au démoulage, et le poids grimpe vite : un plateau de quarante centimètres de côté se compte alors en kilos. Pour un objet que l'on déplace et que l'on range, le panneau enduit reste le meilleur compromis.
Le béton ciré raye-t-il sous les pièces ?
Le mortier brut, oui : il est poreux et légèrement abrasif. C'est la protection finale qui décide du résultat. Un bouche-pores puis un vernis mat ou une cire dure forment un film qui encaisse le frottement des pièces. Le second réflexe consiste à feutrer les pièces elles-mêmes, avec une pastille de feutrine collée sous chaque base. Sans ce feutre, ce sont les pièces qui marquent le plateau et le plateau qui lime les pièces, surtout si elles sont en bois verni ou en résine.
Comment obtenir des cases parfaitement droites ?
Par le masquage, pas par la main levée. On trace le quadrillage au crayon fin sur la première passe sèche, on pose un adhésif de masquage de qualité en suivant le trait, on marouffle le bord au doigt pour supprimer tout passage, puis on applique la teinte claire. L'adhésif se retire tant que le mortier est encore frais, sinon il arrache la matière en séchant. Un cutter neuf et un guide rigide permettent de rattraper un bord qui a légèrement bavé.
Peut-on laisser ce plateau dehors ?
Un plateau sur panneau de bois, non : le support travaille avec l'humidité et fait éclater le mortier en une saison. Une dalle coulée peut tenir dehors si elle est faite dans un mortier adapté à l'extérieur, armée de fibres, et protégée par un hydrofuge de masse plutôt que par une cire, qui blanchit à la pluie. Il faut aussi accepter que la teinte évolue et que la mousse s'installe dans les angles. Pour une terrasse, mieux vaut un plateau épais et brut, entretenu comme une dalle.
Combien de temps faut-il compter au total ?
Le travail effectif tient en quelques heures, l'attente en plusieurs jours. Il faut laisser le primaire prendre, puis chaque passe de mortier sécher avant ponçage, puis le bouche-pores et enfin le vernis ou la cire, avec un délai entre chaque couche. Le durcissement complet du film de protection demande encore plusieurs jours avant de poser les pièces et de jouer. Prévoir un week-end pour les gestes et une bonne semaine avant la première partie évite de tout gâcher par impatience.
Faut-il un béton spécial ou un mortier ordinaire ?
Un mortier ordinaire contient des grains trop gros pour une surface aussi lisse et se fendille en couche fine. Le béton ciré est un mortier décoratif à granulométrie très fine, chargé en résine, prévu pour adhérer en faible épaisseur sur un support préparé. Il se vend en système complet, primaire d'accrochage, pigments et protection accordés entre eux, et c'est cette cohérence qui fait la tenue dans le temps.
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