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Comment réaliser une étude de marché en ligne ?

Les données ne manquent jamais, ce qui manque c'est la discipline de décider avant de regarder. Cadrage, sources gratuites, questionnaire sans complaisance, entretiens : voici la chaîne complète et les biais qui font dire à une étude ce que son commanditaire espérait entendre.

Par La rédaction Occistart Publié le 6 min

Tableau blanc couvert de segments de clientèle et de résultats de questionnaire annotés au marqueur
Tableau blanc couvert de segments de clientèle et de résultats de questionnaire annotés au marqueur
Sommaire de l'article
  1. Ce qu'une étude de marché peut réellement trancher
  2. Cadrer la question et fixer le critère de décision
  3. Les sources et ce qu'elles valent
  4. Construire un questionnaire qui ne ment pas
  5. Questionnaire ou entretiens : deux usages différents
  6. Budget, délai et recours à un professionnel

Une étude de marché en ligne se mène en quelques semaines pour un budget presque nul. Le risque n'est donc pas de manquer de données, il est d'en accumuler jusqu'à tomber sur celles qui confortent l'intuition de départ. Une étude qui sert à quelque chose commence par une question écrite noir sur blanc et par un critère de décision fixé avant la première réponse collectée.

Ce qu'une étude de marché peut réellement trancher

Ces trois questions ne se traitent ni avec les mêmes sources, ni au même moment. On répond à la première par de l'observation et des entretiens, à la deuxième par des données publiques et sectorielles, à la troisième par des tests d'offre. Traiter les trois dans un seul questionnaire revient à n'en traiter aucune.

Cadrer la question et fixer le critère de décision

Une hypothèse exploitable se formule de façon à pouvoir être démentie. Penser qu'un service pourrait intéresser beaucoup de monde ne se vérifie pas. Penser qu'une catégorie précise de clients, sur une zone donnée, change de fournisseur au moins une fois par an et déclare le faire pour une raison identifiable se vérifie très bien.

Le critère de décision s'écrit dans la foulée, avant toute collecte : ce que l'on fera si l'hypothèse tient, ce que l'on fera si elle ne tient pas, et le seuil qui sépare les deux. Sans ce garde-fou, l'analyse se plie au résultat espéré et l'étude ne sert plus qu'à décorer un dossier. Le périmètre se pose en même temps : quel segment, quelle zone géographique, quel horizon de temps.

Les sources et ce qu'elles valent

Source Ce qu'elle apporte Sa limite Ce qu'elle coûte
Statistiques publiques et sectorielles Taille de population, structure d'un secteur, tendances longues Maille trop large pour un segment étroit, données souvent anciennes Gratuit, du temps de lecture
Volumes de recherche et intitulés de requêtes Preuve qu'un problème est formulé, vocabulaire réel des clients Mesure une curiosité, pas une intention d'achat Gratuit à faible
Avis clients, forums et groupes spécialisés Motifs de mécontentement, critères de choix, objections précises Sur-représente les extrêmes, satisfaits silencieux invisibles Gratuit, du temps de dépouillement
Offres, tarifs affichés et recrutements des concurrents Positionnement réel, gammes, signaux de croissance ou de repli Ne dit rien de leur rentabilité Gratuit, de l'observation régulière
Questionnaire auto-administré Volume de réponses, comparaison entre segments Mesure des déclarations, sensible à la formulation Faible, du temps de conception
Entretiens individuels Le pourquoi, les usages réels, les objections non anticipées Ne se compte pas, ne se généralise pas Du temps, parfois une compensation

La source la plus sous-estimée reste la dernière ligne des concurrents : leurs annonces de recrutement. Elles disent quelles compétences ils achètent, donc où ils investissent, et parfois sur quel territoire ils s'apprêtent à ouvrir. C'est de l'information stratégique, publique et gratuite.

Construire un questionnaire qui ne ment pas

Le point le plus délicat concerne le prix. Demander à quelqu'un combien il paierait produit une réponse de complaisance, systématiquement trop haute chez les enthousiastes et trop basse chez les prudents. On obtient un signal bien plus solide en demandant ce qui a été dépensé l'an dernier pour ce problème, et en présentant ensuite une offre chiffrée à accepter ou refuser en bloc.

12 entretienssur un segment homogène suffisent souvent à voir revenir les mêmes réponses, signe que la collecte qualitative a fait son travail. Si de nouvelles objections apparaissent encore, c'est que le segment n'en est pas un.

Questionnaire ou entretiens : deux usages différents

Le questionnaire

Pour compter et comparer

  • Répond aux questions en combien et dans quelle proportion
  • Se diffuse largement, s'analyse mécaniquement
  • Exige que l'on sache déjà quoi demander
  • Ne révèle jamais ce à quoi on n'avait pas pensé

L'entretien individuel

Pour comprendre et découvrir

  • Répond aux questions pourquoi et comment
  • Fait surgir les objections et les usages détournés
  • Demande beaucoup de temps par personne interrogée
  • Ne produit aucun chiffre généralisable

L'ordre qui fonctionne est presque toujours le même : quelques entretiens pour découvrir le vocabulaire et les vraies objections, puis un questionnaire construit avec ce matériau pour mesurer leur poids. L'inverse donne un questionnaire qui pose les questions du porteur de projet et non celles du marché.

Budget, délai et recours à un professionnel

Une étude menée seule coûte surtout du temps : compter quelques jours pour le cadrage et la collecte documentaire, une à deux semaines pour les entretiens, autant pour le questionnaire et son analyse. Les dépenses éventuelles portent sur la diffusion payante du questionnaire vers un public difficile à atteindre et sur la compensation des personnes interrogées, de l'ordre de quelques dizaines d'euros par entretien dans un secteur professionnel.

Faire appel à un institut se justifie dans quatre cas : un échantillon représentatif est exigé par un financeur, le secteur est réglementé et l'erreur se paie cher, l'étude porte sur plusieurs pays, ou la cible est constituée de décideurs impossibles à joindre sans introduction. Ailleurs, le travail mené en interne donne une base suffisante. Sur les questions contractuelles, fiscales ou réglementaires que l'étude fait apparaître, c'est au professionnel compétent de trancher.

Une étude ne remplace pas l'épreuve du marché : elle sert à réduire le nombre de choses que l'on découvrira trop tard et trop cher. Le meilleur prolongement reste une offre réelle, proposée à un petit nombre de clients, au prix envisagé, pour observer ce qu'ils font et non ce qu'ils disent.

Questions fréquentes

Combien de réponses faut-il pour qu'une étude en ligne soit exploitable ?

Tout dépend de l'usage. Pour dégrossir un sujet et repérer des tendances, quelques dizaines de réponses bien ciblées suffisent à orienter la suite du travail. Pour comparer deux segments entre eux, il faut au moins plusieurs dizaines de répondants dans chacun, sinon l'écart observé tient au hasard. Pour annoncer une proportion avec un intervalle de confiance sérieux, on entre dans le domaine de l'échantillon construit et représentatif, qui relève d'un institut. Le nombre compte moins que la qualité du recrutement : deux cents réponses venues du bon public valent mieux que mille réponses venues de partout.

Peut-on faire une étude de marché sans budget ?

Oui, à condition de payer en temps. Les statistiques publiques, les rapports sectoriels d'organismes professionnels, les avis clients, les discussions de forums spécialisés et l'observation méthodique des concurrents ne coûtent rien. La diffusion d'un questionnaire dans des communautés où se trouve la cible non plus. Ce qui coûte, c'est le recrutement d'un échantillon difficile à atteindre, par exemple des acheteurs professionnels d'un secteur étroit. Dans ce cas précis, quelques entretiens payés à leur juste valeur rapportent souvent plus qu'un questionnaire gratuit mal rempli.

Comment savoir si les gens paieraient vraiment ?

Le seul signal qui vaille est un engagement qui coûte quelque chose au répondant. Accepter un rendez-vous daté, laisser ses coordonnées pour être prévenu du lancement, verser un acompte ou précommander engagent réellement, alors que cocher une case d'intérêt n'engage à rien. Vient ensuite la trace du budget : à quelle ligne de dépense l'achat se rattacherait, qui le validerait, sur quelle enveloppe. Un répondant incapable de situer cette ligne ne se projette pas en acheteur, quel que soit son enthousiasme affiché.

Faut-il interroger ses proches ?

Pour tester la compréhension du questionnaire, oui, c'est même le bon usage : on repère ainsi les questions ambiguës et les mots du jargon. Pour mesurer un marché, non. Les proches connaissent le projet, veulent faire plaisir et appartiennent souvent au même milieu que le porteur, donc au même biais. Leurs réponses gonflent l'enthousiasme et lissent les objections. Si l'entourage fait partie de la cible réelle, il faut au minimum isoler ses réponses du reste et les analyser séparément.

Que faire si l'étude contredit l'idée de départ ?

C'est le cas où elle rapporte le plus. Une étude qui infirme une hypothèse fait économiser des mois de travail et un investissement. Le bon réflexe est de vérifier d'abord le cadrage : la question était-elle bien posée, le public interrogé était-il le bon, le concept a-t-il été présenté de façon compréhensible. Si le cadrage tient, il reste à identifier la partie de l'idée qui résiste. Un projet survit rarement intact à une bonne étude, mais il en sort presque toujours un segment plus étroit, un usage différent ou un prix revu.

Combien de temps une étude de marché reste-t-elle valable ?

Les données structurelles, démographie, habitudes d'achat, poids des canaux de distribution, bougent lentement et tiennent plusieurs années. Le paysage concurrentiel et les prix pratiqués, eux, se démodent en quelques mois dans les secteurs actifs. La pratique raisonnable consiste à garder le cadre de l'étude et à rafraîchir seulement la veille concurrentielle et la grille tarifaire deux fois par an. Une étude qui dort dans un dossier pendant deux ans ne sert plus qu'à justifier après coup une décision déjà prise.

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